02 février 2011

[Critique Ciné] Rien à déclarer

Invité à une avant-première, je vous livre mes impressions sur ce film très attendu et médiatisé en France. Est-il le digne successeur de "Bienvenue chez les Ch'tis ?" J'entends cette phrase partout, à la radio, à la TV. Et si on en avait rien à foutre ? Après tout, les Cht'is sont rentrés dans la postérité grâce au nombre d'entrées hallucinant (20 millions !), mais était-il indispensable et révolutionnaire pour autant ? Je ne pense pas... qu'en est-il du successeur proclamé ?

Sacré affiche, ça fait vraiment "le gros film comique Français de l'année, à ne pas louper", nan ? Allez, admettez-le : l'affiche a de quoi séduire !

J'avoue y aller quand même avec la ferme intention de pas être déçu. Au final, qu'en reste-t'il ?
Bienvenue chez les chtis bis ?

Remarque souvent entendue ou pressentie chez les gens, je ne suis que partiellement d'accord avec ça. Le film est beaucoup plus vif, nerveux, voir même un peu plus "violent ou vulgaire" (si on peut le dire ainsi) que les chtis. Aussi, on y trouve une histoire d'amour (qui, contrairement à celle des chtis, ne m'a sous-tiré aucun sentiment affectif, le jeu d'acteurs du couple ne fonctionnant pas bien selon moi), on y trouve un Dany Boon très proche du chti : gentillet, un brin naïf, malchanceux en amour, tardivement célibataire, employé de la fonction publique, gentil et paisible, et même effacé à côté d'un Poelvoorde survolté qui "se voyait" plus, à coups de grands sabots et d'hystérie malfaisante. Bref, un arrière-goût de chtis, si on le cherche bien, peut-être, mais rien de choquant au final. Ah si, son collègue douanier est le même que son collègue facteur. La belle affaire (toujours est-il qu'il joue bien)

Une bonne grosse poilade qui parle du... racisme ?!

Voilà ce que vous y trouverez. Un film bien franchouillard, qui parle de "racisme entre les Belges et les Français". Un terme employé souvent dans le synopsis et même dans le film, et qui me déplait, finalement, car je le trouve galvaudé et inapproprié (peut-on parler de racisme entre des blancs et des blancs frontaliers ? puisqu'il n'y a pas de différence de race, mais juste de patrie ?), et en plus, l'emploi de ce terme peut, à mon avis, et d'une manière assez malsaine, dédramatiser le racisme en le voyant là ou il n'est pas, et montrer un racisme "de papier", bref une certaine hypocrisie qui me laisse perplexe, j'aimerais en effet bien savoir pourquoi cette façon de présenter la chose ? Alors qu'il s'agit plutôt de Nationalisme ou chauvinisme obtus. Bref, pas du tout convaincu par cette orientation des choses, plutôt étrange quand on y réfléchit. Pas de discrimination envers une ethnie ? alors pas de racisme. C'est dans le dictionnaire.

Mais bon...

Outre cette bizarrerie linguistique, que je n'explique pas tant elle est évidente, le reste m'a semblé tout à fait honnête. La salle était morte de rire à certains moments, ce qui est très plaisant (le fait de sentir un groupe humain délirer sur la même chose que vous et y prendre autant de plaisir que vous est une sensation grisante). On s'amuse, on ne regrette pas son argent.  (même si j'ai rien payé, huhu). Vous pouvez allez voir ce film sans hésiter si vous aimez les grandes comédies "à la Française". Et on vous comprendra, tant ses films mettent en avant un état d'esprit "bon enfant" et "qui tâche", bref un esprit de camaraderie qui fait du bien en cette époque.

On prend donc une grosse bouffé de rigolade, à certains passages clés (que je ne citerai que de manière évasive, puisque vous allez probablement voir le film !). Certaines blagues de potache sont, par contre, assez plates, assez médiocres dans leur recherche, mais généralement le jeu d'acteurs fait passer la pilule avec brio (je pense notamment à la scène de l'ambulance et du type qui colle le mot sur la carrosserie). Pas d'un très haut niveau parfois, et surtout, étrangement survolté.

Friiize !

Alors ça, pour être suvolté, ce film est fockin' survolté ! La fiche technique du film ne dit pas si Poelvoorde a été mis sous amphétamines par le réalisateur, en attendant c'est tout comme : ce dernier est à 100% dans son rôle de méchant douanier "raciste" (ahem), sort son flingue toutes les 20 secondes, comme une sorte de psychopathe avec un uniforme (heureusement pour les civils que les douaniers ne sont pas comme ça en vrai !), ce dernier passe son temps effectivement à devenir tout rouge, à tordre les yeux et autre, mais, contrairement à ce que j'ai pu lire sur la critique d'un grand confrère, la mayonnaise prend vraiment et je trouve ce dernier bon et vraiment attaché à son rôle, même si ce dernier paraît peu crédible, surréaliste, exagéré. Mais ça, ça n'est pas la faute de l'acteur, et ce dernier retranscrit bien ce qu'on lui demande : un personnage malfaisant, qui éprouve une haine radicale envers les français, un irresponsable colérique, sorte de gendarme (De Funès) des temps moderne, qui en arrive même à rendre Boon un peu invisible, un peu plat.

En ses temps d'ouverture Européïste des frontières, les douaniers (ainsi que les commerces frontaliers) se voient relégués au rang d'antiquités vouées à ne plus avoir d'utilité.

Quand Poelvoorde dérape une énième fois en service, ses supérieurs Belges le punissent en le nommant "premier douanier de la volante", et, lorsqu'on cherche, chez les douaniers Français, un volontaire pour être son coéquipier, tout le monde se marre, sauf le douanier Dany Boon, qui profite de cette perche.

Une histoire d'amour un peu pompeuse et peu flatteuse.

Car Boon est amoureux. Il voit depuis 1 an en secret la soeur de Poelvoorde ! Vous suivez toujours ?! Et dans la famille du douanier Poelvoorde, c'est "racisme anti-français" à gogo. Et le frère tout comme le père feraient une attaque rien qu'à l'idée que la jolie épouse autre chose qu'un Belge. Ambiance neu-neu teintée de Santa Barbara et d'un pseudo-racisme, du gros rouge qui tâche, et c'est, selon moi, une des zones les moins intéressantes de ce long métrage. L'actrice n'est pas à la hauteur de ses collègues, elle ne m'a pas inspiré grand chose, et, bien qu'on s'habitue à elle au cours du film, on passe du "euh... remboursez ?" à "mouais, ça passe au final". Désolé pour ma méchanceté, mais elle a tout de même réussi à me faire un peu décrocher (je me rendais compte que j'étais dans une salle de cinéma, en train de regarder une actrice, constat d'échec donc), d'autant plus que le jeu de couple ne prend pas trop : il ressemble trop dans sa niaiserie à celui des chtis, l'émotion en moins, si j'ose dire. Et Boon est copie-carbonne dans son attitude "d'amoureux tout meugnon aux yeux qui pétillent", si bien qu'on a, effectivement, à ce moment là, l'impression de regarder plus ou moins les mêmes scènes, mais on se rappèle qu'on est en 2011 quand sa promise parle, et sonne faux.
Bref le duo est formé, Boon s'engage dans la douane volante avec Poelvoorde, il devra tenter de le supporter, et même de s'en faire un ami. Vaste programme. Et tout ça à bord d'une Renault 4 !

C'est quoi cette R4 de la mort ?


Nan mais les mecs ?! C'est quoi ce délire ? Bon, aimant les voitures j'ai bien rigolé : comme subvention pour la douane volante, nos deux acteurs ont le droit à environ 4000 ... francs ! Et cette somme est allouée à l'achat d'une voiture. Une vieille R4 toute dégueulasse, qui cale, qui bug, qui tombe en panne, bref une rougne qui sonne comme ultime humiliation pour Poelvoorde, obligé de "pactiser avec l'ennemi" malgré sa rancoeur inconditionnelle envers le "peuple de France".

Revenons à la poubelle ambulante de R4 (souvenons-nous que nous sommes en 1993 et que ses derniers avaient un "budget voiture" de 4000 francs !). Cette dernière est emmenée dans un garage (on reconnaît le garagiste qui a joué avec brio dans Dikkenek, avec quelques rondeurs en plus), et ce dernier transforme le tas de boue en un super monster-car à la Française, capable de doubler une ferrari sans les mains, tunnée "de la mort qui tue raide", bref encore une fois du bon gros rouge qui tâche.

Un brin confus, un brin maladroit

On s'amuse tout de même beaucoup sur ce film, si on fait l'impasse sur le côté "pouet-pouet" et le manque de profondeur, plutôt symptomatique il faut l'avouer de ce type de productions (je ne m'attendais pas à autre chose), mais il faut tout de même reconnaître que les acteurs sauvent un script plutôt moyen au final, un peu fouillis, survolté, et moins "charmant" que Bienvenue chez les Chtis.
Ca part un peu dans tous les sens à certains moments, et les gags s'enchaînent autour d'un scénario cohérent mais téléguidé, un peu tiré par les cheveux, un peu "gros". Mention spéciale a Poelvoorde pour sa performance d'acteur franchement, c'est franchement réussi et barré. J'ai savouré son jeu d'acteur, et on sent que lui aussi. Dany Boon quand à lui s'efface un peu, je trouve, et ressemble il est vrai au personnage des chtis sur certains points (malchanceux en amour, histoire d'amour pseudo-impossible en tâche de fond, fonction publique, gentillet et pacifiste...) Rien de méchant, cela dit.

Beaucoup d'acteurs connus, le "gangster" fait plaisir à voir, et plus encore François Damien dans le rôle du gérant d'un routier placé pile à la frontière. Notre lobe frontal a tout de même beaucoup de scènes et d'enchevêtrements à gérer, et le rythme est plus souvenu, plus vif.

Et je me rends compte que, moi aussi, en écrivant cette critique, je continue encore et toujours à comparer les deux films... Mais, est-ce évitable ? Le premier a marqué les consciences et battu des records en terme de chiffres, la confrontation nous vient instinctivement.

Conclusion

Franchement barré, drôle, à 100 à l'heure, servi par des acteurs inspirés, on passe un excellent moment et on ne décroche finalement que lorsque le film patauge un peu dans quelques incohérences, crises d'hystérie exagérées ou bien encore dans cette pompeuse histoire d'amour. La comparaison avec les chtis semble peu évitable, alors vous l'aurez : J'ai préféré les chtis, un cran au dessus, pour la tendresse globale qui s'en dégageait, et qu'on ressent beaucoup moins dans Rien à déclarer, plus vif, plus dynamique mais aussi parfois plus confus et lourdingue. Mais je conseille tout de même d'aller voir ce film qui procure un très bon moment de bonne humeur généralisée !

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